Après 2 jours à la recherche des animaux sauvages du parc de la Pendjari, nous sommes restés avec notre guide Noël pour aller découvrir la région des « Tatas Sombas ».

Les Tatas Sombas

Les Tatas Sombas sont de petits châteaux forts constitués de terre, de paille et de bois. Ils ont été construits dans la région de l’Atacora (nord-ouest du Bénin) dès le début du XXème siècle, initialement pour permettre aux habitants de voir arriver d’éventuels ennemis de loin et de s’en protéger. Chaque tata est construit pour une famille (grands-parents, parents, enfants) et comprend différentes pièces :

  • Une entrée pour moudre et pilonner les grains et les céréales (les Béninois mangeant beaucoup de pâtes à base de farine de maïs, manioc, taro, igname…)
  • Une pièce principale où vivent les volailles, quelques chauves-souris (!) et les personnes âgées, car leurs genoux ne leurs permettent plus de monter à l’étage ! Les personnes âgées sont responsables de la tenue du feu dans cette pièce : le feu sert à réchauffer parfois, mais il sert surtout à faire de la fumée pour éloigner les termites. La structure qui tient l’étage étant en bois, il est indispensable d’en éloigner les termites. Il y a donc toujours une atmosphère enfumée dans cette pièce…
  • Une cuisine avec un foyer… et c’est tout !
  • On accède ensuite aux terrasses sur le toit. Il y en a entre 2 et 3 selon la taille de la famille. Les terrasses sont toujours construites penchées pour assurer l’évacuation des eaux de pluie vers une « gargouille ». Sur chaque terrasse, on retrouve des greniers (pour stocker des graines à l’abri des animaux) et des cases (pour dormir). Il y a une case pour le père de famille, une case pour ses femmes (la polygamie existe encore) et une dernière pour ses enfants. Il y a parfois une petite terrasse dédiée à la douche (qui consiste en un seau d’eau froide). Sur les terrasses, on peut mettre à sécher certaines graines, et on retrouve souvent un foyer pour cuisiner quand il fait vraiment trop chaud dans le tata.

Les façades des tatas sont décorées avec des dessins qui permettent de savoir à qui appartient le tata. Ce sont les mêmes types de signes qu’on retrouve sur les visages de la plupart des Béninois : ce sont des scarifications qui leur sont faites quand ils sont très jeunes et qui représentent en quelque sorte leur carte d’identité. En observant les scarifications d’un Béninois, on peut savoir d’où il vient, quelle langue il parle, à quelle ethnie il appartient. Les femmes reproduisent ces scarifications sur les façades des tatas à l’aide d’enduits à base de bouse de vache.

Voici à quoi ressemble un tata somba : joli, n'est-ce-pas ?
A l'extérieur du tata, on trouve des divinités vaudous qui protègent les occupants (ces divinités sont symbolisées par ces cailloux). On peut voir aussi les dessins sur les murs du tata.
En entrant dans le tata, on tombe sur la zone pour moudre le grain
Voici la cuisine "aménagée", vue du haut de l'escalier qui mène à la terrasse.
Voici la cuisine "aménagée", vue du haut de l'escalier qui mène à la terrasse.
Sur la terrasse, on trouve des cases pour dormir...
... et des greniers dans lesquels sont stockés les réserves de graines. On y accède en utilisant une échelle en bois (trèèèès stable !).
... et des greniers dans lesquels sont stockés les réserves de graines. On y accède en utilisant une échelle en bois (trèèèès stable !).
Vue d'un grenier depuis le dessus : celui-ci est séparé en 3 compartiments pour pouvoir stocker des graines différentes.
D'autres formes de tatas.

Conseils aux voyageurs :

Pour visiter le pays Somba, nous sommes restés avec le même guide que pour le parc de la Pendjari : Noël Nabogou (sur Facebook : Nabogou Noël – Guide Benin, téléphone : +229 97 35 59 79). Ses prix étaient les mêmes qu’au parc : 75000 FCFA par jour pour ses services, le 4*4 et l’essence. L’avantage de garder le même guide, c’est qu’on a fait la route du parc jusqu’à Koussou en une après-midi, au lieu de retourner à Nati et d’attendre un autre guide le lendemain !

Visite de Koussoukoingou

Aujourd’hui, il y a de moins en moins de tatas car ils sont difficiles à entretenir et que les Béninois leur préfèrent les maisons en parpaings et en tôle ! Pour conserver ce patrimoine unique, des associations ont mis en place des initiatives d’écotourisme, qui permettent aux touristes de visiter quelques tatas voire même d’y dormir, et les recettes tirées de ces visites permettent aux propriétaires de tatas de les entretenir. Dans le village de Koussoukoingou, nous en avons donc visité deux et nous avons même dormi dans un, sur la terrasse, à la belle étoile (avec un matelas fin et une moustiquaire, quand même !).

Nous avons également fait un tour du village avec notre guide, pour admirer un magnifique baobab creux et la vue sur la chaîne de l’Atacora (les montagnes de la région) depuis un belvédère naturel.

Le lendemain matin, nous avons randonné à travers les forêts et le long des champs en contrebas de Koussou, en direction de Boukoumbé, l’autre gros village du coin. C’était l’occasion d’admirer l’Atacora ainsi que de traverser quelques villages sombas.

Ce passage à Koussou était vraiment une chouette expérience, même si on ne peut pas dire que la nuit sur le tata fût la plus confortable de nos nuits au Bénin !

Le Tata de Patron (c'est le surnom du propriétaire), dans lequel on a dormi.
Au belvédère de Koussou
Vue sur l'Atacora
Savez-vous ce qui pousse dans ce champ ? Non ce ne sont pas des courgettes rondes mais... du sésame !
Travaux dans les champs à la houe : c'est une des choses qui nous a le plus marqués au Bénin, à quel point l'agriculture était manuelle (ils n'utilisent même pas les animaux pour les aider).
D'autres maisons traditionnelles

Conseils aux voyageurs :

A Koussou, vous pouvez aussi dormir dans l’écolodge La perle de l’Atakora : on l’a visité et il semble plus confortable que les tatas traditionnels, mais vous n’aurez pas la nuit à la belle étoile ni les quelques échanges avec les habitants qui vous reçoivent. Sur ce point, on a quand même été un peu déçus car on avait choisi de dormir dans le tata plutôt que dans l’écolodge pour échanger avec une famille, mais les repas ne sont pas organisés dans la famille. Nous avons dîné le soir dans le café du village et nous avons petit-déjeuné à l’écolodge. Nous avons donc peu vu la famille qui nous accueillait.

La nuit dans le tata coûtait 7500 FCFA pour 2, la visite du village 2000 FCFA par personne, et la balade dans les champs et la forêt 3000 FCFA par personne (elle dure 3h mais ne va pas jusqu’à Boukoumbé : notre guide est venu nous chercher en voiture sur la route entre les 2 villages). La visite du village et des tatas nous paraît vraiment indispensable, sinon autant ne pas venir en pays Somba !

Passage par le Togo

Après avoir quitté Koussou, nous nous sommes rendus de l’autre côté de la frontière, au Togo, pour visiter un petit musée sur les tatas et pour admirer leurs tatas. Eh oui, cette architecture typique ne s’est pas arrêtée à la frontière, et les tatas togolais sont même inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Ils présentent quelques différences d’agencement avec les tatas béninois, mais le principe général est vraiment le même.

Noël et Simon, au musée sur les tatas sombas
Il y a même un espace douche sur le tata togolais ! Avec système d'évacuation des eaux pour ne pas qu'elle s'accumule sur la terrasse évidemment !
Il y a même un espace douche sur le tata togolais ! Avec système d'évacuation des eaux pour ne pas qu'elle s'accumule sur la terrasse évidemment !

Retour à Natitingou

En rentrant à Natitingou, nous avons visité le musée de la ville : celui-ci présente des objets, des photos et des maquettes pour expliquer les traditions et les modes de vie de la région. Il y a une salle consacrée aux tatas sombas. Le musée est plutôt austère et triste, mais la visite menée par la guide du musée le rendait vraiment intéressant. On en a appris plus sur le vaudou, les cérémonies (mariage, enterrement, …), les habits traditionnels (qui consistaient en un chapeau et un cache-sexe, jusqu’à ce que les colons arrivent), l’agriculture, etc.

Le lendemain en repartant vers Djougou, nous en avons profité également pour nous arrêter aux chutes de Kota qui sont à quelques kilomètres seulement de Nati. Le temps était pluvieux et la baignade ne nous a pas tentés mais les chutes sont très agréables. On peut en faire une boucle qui passe par les deux chutes. Des carrières de quartz sont également à proximité des chutes. Ces pierres sont disposées par strates et sont utilisées pour faire des tables, des pierres à moudre, etc. Elles sont extraites à la main (marteau et burin !) sur plusieurs mètres de profondeurs.

2018 08 02 - Natitingou 004
Une carrière de quartz
Une carrière de quartz
Les chutes de Kota

Conseils aux voyageurs :

A Nati, nous avons dormi chez Dany (Ma case au Bénin, +229 66 43 65 28), qui nous a très bien accueillis. On a trouvé les petites cases jolies et très propres, pour un très bon rapport qualité-prix (11 000 FCFA la nuit pour 2). L’établissement étant loin du centre, on vous recommande de manger chez Dany (la salade composée est délicieuse et change du riz, des pâtes et des viandes habituels !).

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