Pour le meilleur… Et pour le pire ! Non, non, Potosi n’est pas le Las Vegas de l’Amérique du Sud où l’on pourrait se marier en une demi-heure sans rendez-vous. Potosi est la plus grande mine de Bolivie, voire du monde, qui a fait à la fois la richesse du pays, et qui était, et reste aujourd’hui, l’un des plus grands désastres humanitaires du pays.

La ville de Potosi

La ville en elle-même est assez sympa à parcourir. C’est une ancienne ville coloniale avec de belles églises et de beaux balcons anciens. Elle est classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, mais ce classement est mis en péril aujourd’hui à cause de l’industrialisation de la ville et de l’exploitation intensive du Cerro Rico (où se trouvent les mines) : ce Cerro est tellement grignoté par les galeries qu’il pourrait s’effondrer et causer des dégâts importants à la ville!

C’est également la ville la plus haute du monde  (plus de 4000 m) : attention au manque d’oxygène !

Dans le centre de Potosi

L’histoire de la mine à Potosi

Lorsqu’au XVIème siècle, les conquistadores espagnols découvrirent un filon d’argent très important dans ce qui allait s’appeler le « Cerro Rico » (la montagne riche !), ils créèrent la ville de Potosi pour l’exploiter. La montagne révéla par la suite d’autres minerais, mais c’est bien l’argent qui entraîna le développement rapide de la ville… et l’enrichissement des Espagnols, l’argent allant directement à la couronne d’Espagne. Les conditions d’exploitation des mines étaient très difficiles à l’époque (encore plus que maintenant, vous comprendrez après avoir lu cet article…), et les conquistadores firent travailler dans les mines les indigènes voire des esclaves qu’ils firent venir d’Afrique ! Evidemment, la mortalité était très importante dans les mines : les mineurs mourraient des éboulements ou de la silicose, une maladie respiratoire causée par l’inhalation durant une longue période de poussières de silice. Notre guide nous a même donné ce chiffre à peine croyable : en un siècle (entre le XVII et le XVIIIème de mémoire), il y aurait eu 9 millions de morts à Potosi. Ca fait près de 250 morts par jour…

La ville au XVIIème siècle était une des plus grandes villes industrielles du monde ! Et une des plus peuplées également. Mais l’argent se fit rare, et même si on trouva d’autres minerais dans la mine, la ville commença à décliner.

Aujourd’hui, les mines sont toujours exploitées, toujours plus profondément. On peut trouver jusqu’à 10% d’argent dans certaines galeries, mais elle est loin l’époque où on trouvait des filons d’argent pur ! D’autres minerais sont également exploités, qui sont utilisés notamment dans l’électronique. Les minerais sont vendus au Pérou et au Chili, qui les purifient et les revendent notamment aux pays asiatiques pour fabriquer nos chers téléphones portables ! La Bolivie n’a pas d’accès à l’océan, c’est pour cela qu’elle doit revendre ses minerais à d’autres pays : la Bolivie fait ainsi une très très faible marge sur la vente de ses minerais. Et comme depuis la nationalisation des mines, ce sont des coopératives de mineurs qui gèrent les mines, ce sont ces mêmes coopératives qui font très peu de bénéfices. Ainsi, si les mineurs veulent gagner correctement leur vie, il faut qu’ils travaillent 10 à 12h par jour, 6 jours sur 7 (quand ce n’est pas 7 jours sur 7). Ils sont payés en fonction des minerais extraits. Ce sont les coopératives et l’Etat qui sont responsables de l’amélioration des conditions de travail : mais d’après ce qu’on a entendu, l’argent promis par l’actuel Gouvernement pour améliorer ces conditions n’est jamais arrivé jusqu’à Potosi, et les coopératives dégagent juste assez d’argent pour payer le matériel des mineurs, les étais (en bois…) pour maintenir les galeries, les rails pour les chariots…

Au fond à gauche : le Cerro Rico

La visite d’une mine

L’une des particularités des mines de Potosi est qu’elles peuvent se visiter. La visite est guidée, dans notre cas par un ancien mineur, mais elle n’a pas grand-chose à voir avec les visites qu’on connaît… Pour l’audioguide multilingues, vous repasserez ; pour le petit plan sympa du site, suivez plutôt le guide ; et enfin pour les conditions de la visite, préparez votre dos et vos poumons à souffrir pendant une ou deux heures. Dans notre cas, les seules gênes étaient au niveau du souffle pour une personne du groupe quand nous étions avec deux mineurs dans une petite cavité à la pause coca (feuilles de coca, hein, pas coca-cola). Mais les visites peuvent être beaucoup plus difficiles. Après avoir vivement conseillé à nos amis suisses Pascal et Tamara de faire la visite, en leur disant que ce n’était pas difficile et très instructif, Pascal s’est retrouvé en plein milieu d’une session de dynamitage d’une mine lors de sa visite avec poussière à en suffoquer, bruit d’explosions, et peur de ce qu’il peut se passer lorsqu’un mineur dynamite la mine dans laquelle il se trouvait. Oui Pascal, encore désolé de cet excellent bon plan !^^

Revenons à notre visite. Quelques agences proposent des visites guidées à Potosi. Les meilleures sont celles proposées par des anciens mineurs, car elles reversent une petite partie de leurs revenus aux mineurs eux-mêmes et car elles sont beaucoup plus instructives ! La visite se passe en quatre temps : on va d’abord s’habiller en mineur, puis on passe au marché des mineurs, ensuite on visite la mine, et enfin on passe par l’usine de séparation des minerais.

Le prêt-à-porter du (visiteur) mineur

Le costume est assez sobre pour nous : un sur-pantalon, une veste, un casque avec frontale, un sac à dos pour porter les cadeaux que l’on fera aux mineurs que l’on croisera, et une bonne paire de bottes étanches car il y a de l’eau dans les galeries, bottes elles-mêmes doublées par des sacs plastiques pour les pieds. Les sacs plastiques, ce n’est pas pour les éventuels défauts d’étanchéité des bottes, non, non…

Quel attirail !

Le marché des mineurs

Antonio, notre guide, nous emmène ensuite au marché des mineurs, dans notre cas une petite boutique, qui vend tout le nécessaire pour supporter (autant que possible) une journée de labeur dans la mine. Antonio nous présente alors sa petite sélection :

  • Des feuilles de coca, en grande quantité. La coca est énormément consommée en Bolivie (l’un de seuls pays au monde qui autorise sa consommation). Elle aide à supporter les efforts importants et à contrer le mal de l’altitude (Potosi serait la ville la plus haute du monde : plus de 4000 m d’altitude !) et les mineurs en consomment donc beaucoup en les mastiquant pendant des heures. Ils y ajoutent une sorte de sucre présente en bâtonnets, ou du carbonate de sodium afin de la rendre moins amère.
  • Des cigarettes à l’écorce d’orange. Paraît-il, l’écorce d’orange fait disparaître les gaz nocifs qui suivent une explosion de dynamite… (Cléo va ramener ce procédé révolutionnaire à son usine ! ^^) Bon, de toute façon, c’est un peu ça ou rien car nous n’avons pas vu de système de ventilation dans la mine.
  • De l’alcool quasi pur, 96°. L’alcool est utilisé pour les offrandes au Tio, le diable gardien de la mine. Chaque mine a son Tio, en entrant et en sortant, il faut lui faire des offrandes pour diverses raisons : pour qu’il ne nous tue pas durant le travail dans la mine, pour qu’il nous permettre de faire une bonne récolte de minerais, et pour qu’il nous pardonne de prendre les minerais à la Pachamama, la Terre-Mère.
  • De la dynamite. On ne va pas faire de dessin, vous savez bien à quoi ça va servir dans une mine.
  • Et enfin des petites billes roses dont nous avons oublié le nom. La dynamite coûtant cher, les mineurs coupent une barre de dynamite en deux ou trois morceaux, et ajoutent les petites billes roses qui coûtent moins cher pour augmenter l’intensité de l’explosion.

Antonio nous fait acheter au marché chacun un kit-cadeaux pour les mineurs que nous croiserons dans la mine et dans l’usine. Leurs conditions de travail étant les plus dures qu’on n’ait jamais vues, quelques présents sont très bien perçus par les mineurs. Ça n’enlève rien à la difficulté de leur journée de travail, et on sait bien que ce n’est pas avec un soda ou un sac de feuilles de coca que leur journée sera plus supportable, mais c’est au moins ça. Le kit-cadeaux comprend deux sodas, des feuilles de coca, un paquet de gâteaux, et un masque anti-poussière qui n’est pas pour les mineurs mais pour nous durant la visite.

Le kit indispensable du mineur...
Le "kit cadeau" pour offrir aux mineurs avec qui nous discuterons.

Dans les entrailles du Cerro Rico

La visite démarre comme évoqué par l’offrande au Tio. Antonio lui demande pas mal de trucs en espagnol, lui met deux clopes dans le bec, une pour la Pachamama et une pour le Tio, le couvre de feuilles de coca, et lui arrose abondamment le phallus d’alcool à 96° pour que la terre soit fertile et lui offre beaucoup de minerais.

Une fois l’offrande réalisée, nous pouvons avancer en toute « tranquillité » dans la mine. Il faut souvent se baisser, marcher dans l’eau pleine de produits chimiques, éviter le contact avec certaines parois qui sont toxiques, etc. On respire mal, à la fois à cause de l’altitude, de l’effort et de la sensation d’enfermement, mais on fait souvent quelques pauses pour qu’Antonio nous explique l’histoire de sa mine. La difficulté du travail à l’intérieur prend tout son sens alors que nous ne restons que dans les 500 premiers mètres de la mine et à altitude constante. La zone de travail actuelle de la mine se trouve 400m plus bas où nous n’irons pas : à l’étage où nous sommes, il n’y a presque plus de minerais, et tout l’argent se trouve au fond de la mine. Notre guide nous explique que lors des explosions, l’atmosphère devient chargé de poussière et est irrespirable, le bruit des explosions de dynamite est assourdissant, et beaucoup d’inexpérimentés meurent sous les explosions.  Ajoutez à cela une chaleur intenable, le travail à la frontale durant 8 à 12 heures, et vous avez l’impression d’être en enfer. Antonio nous explique que maintenant ceux qui sont au front à la mine sont les plus anciens et les plus expérimentés afin d’éviter les manipulations hasardeuses de dynamite.

Il n’empêche qu’il y a très régulièrement des morts. Aujourd’hui, 4 à 5 mineurs meurent chaque mois en moyenne. Il y a dix ans, c’était 4 à 5 chaque semaine. Le samedi précédent notre visite, un mineur, le vice-président de la coopérative, était mort dans un accident. Et quand ils ne meurent pas dans une explosion, c’est la silicose qui emporte leurs poumons vers 50 ans au mieux. Antonio nous explique que lorsque les mineurs atteignent environ 50% de leur capacité pulmonaire, ils s’arrêtent de travailler et la coopérative leur verse une petite pension, mais ils doivent cependant en général trouver un autre travail à côté pour avoir des revenus convenables.

La visite n’est pas la plus heureuse qu’on ait faite, mais Antonio avec sa bonne humeur et son franc-parler sait animer le groupe ! Nous continuons dans les galeries. Au total nous aurons croisé uniquement 3 mineurs. L’un d’entre eux était très content de nous voir. C’est Antonio qui nous réclame les cadeaux achetés précédemment et qui les lui donne. La manière dont notre guide se comporte avec nous et les mineurs rencontrés met une bonne ambiance et ne nous donne pas d’impression de voyeurisme alors que c’est entre autre ce dont nous avions peur avant de visiter la mine. Par la suite, nous verrons quelques minerais extraits des mines, notamment du cuivre mélangé à un peu d’argent.

L'entrée de la mine que l'on a visitée
Le Tio
Le Tio
Notre guide, Antonio
Huuum... appétissant !
Le trou qui permet d'accéder aux galeries inférieures, via des échelles en bois.
Pas facile de faire des photos à l'intérieur !

La séparation des minerais

Pour ceux qui travaillent à l’usine, les conditions de travail ne sont pas mieux. Certes, ils voient le jour, mais ils ingèrent à longueur de journée des produits chimiques très concentrés et sans protections. Nous sommes passés devant des fûts remplis de produits chimiques, laissés ouverts à l’air libre. On vous laisse imaginer l’odeur qui prend à la gorge dès qu’on entre… Les panneaux qu’on rencontre à l’entrée du site nous font doucement sourire (surtout Cléo !) : « Con la limpieza, mayor seguridad » (avec le nettoyage, plus de sécurité).

L’usine est assez petite, et on voit le procédé au fur et à mesure : broyage des minerais, séparation chimique puis décantations successives, et enfin évaporation des produits chimiques utilisés pour la séparation. Antonio nous explique qu’ils sont obligés de laisser les minerais à l’air libre un certain temps pour que les produits chimiques s’évaporent car sinon le Chili et le Pérou voisins qui s’occupent de l’exportation des minerais ne veulent pas acheter leur produits car trop chargés en produits chimiques…

Maintenance en cours sur un des broyeurs
Les décanteurs, pour séparer les différents minerais
On laisse les "boues" à l'air libre, pour que les produits chimiques s'évaporent...

Bilan de la visite

On doit le dire, nous avions pas mal hésité à faire la visite tant les guides que nous avions avec nous, le Routard et le Lonely Planet étaient partagés sur le sujet. Nous avons eu de la chance d’avoir un très bon guide avec un sens de l’humour à toute épreuve, malgré son passé dans la mine. La visite fait relativiser sur les conditions de travail en France évidemment. Sans parler qu’il y a également toujours des enfants qui travaillent dans la mine malgré l’interdiction récente par le gouvernement. Les mines sont cependant tout un symbole en Bolivie et les gens en sont fiers.

Si vous voulez aller plus loin dans la visite des mines, nous avons vu un documentaire sur le travail d’un enfant dans une mine lors de notre séjour à Sucre. Le film (germano-bolivien) s’appelait The Devil’s Miner – Berg des Teufels et c’est notamment grâce à ce film qu’aujourd’hui le travail des enfants est officiellement interdit. Il en faudra sûrement plusieurs autres pour qu’il le soit réellement.

Conseils aux voyageurs :

Nous ne regrettons pas d’avoir fait cette visite. Le guide est cependant primordial et il ne faut pas prendre d’agences qui n’ont pas de guides anciens mineurs. Notre agence était Potochij Tour, avec Antonio comme guide mais il doit être le seul à la faire dans cette agence. Il parle anglais mais est vraiment plus compréhensible en espagnol ! Il y a une visite à 9h et une autre à 14h pour environ 4h dont 1 à 2h dans la mine. Comptez 90 bolivianos par personne + 20 de kit-cadeau. Comme vous aurez pu le comprendre, la visite de Pascal s’est moins bien passée. Il avait pris l’agence Big Deal que vous retrouverez dans les guides. Précisez peut-être que vous ne souhaitez pas vous retrouver en plein milieu d’une session dynamite en prenant le tour…

One Comment on “Potosi – Pour le meilleur… et pour le pire !

  1. Bonjour
    Sympa la visite des mines. Pour info, Potosi est la 3ème ville la plus haute du monde à 4.090 m.
    Au Pérou, 2 villes la dépassent largement:
    – La Rinconada – 5.100 m d’altitude (mille mètres de plus).
    – Cerro de Pasco – 4.335 m.
    Je vous souhaite pleins de beaux voyages